Schubert, M Müller et le Winterreise

Décédé à l'âge de 31 ans, le compositeur viennois, Franz Schubert (1797-1828), a laissé derrière lui une grande variété d’œuvres pour orchestre et ensemble de musique de chambre. Outre cette importante production de musique instrumentale, il doit sa renommée à la composition de plus de six cents lieders (mélodies), dont trois cycles immortels : Die schöne Müllerin (La belle meunière), Schwanengesang (Chant du cygne) et Winterreise (Voyage d'hiver).

Le poète Wilhelm Müller est né à Dessau (Prusse) quelques années avant Schubert, soit en 1794, et c'est d'une année qu'il l'a précédé dans la mort, soit en 1827. Müller est considéré comme un des écrivains ayant le plus marqué le romantisme allemand. Schubert fut un des premiers musiciens à reconnaître le talent de Müller qui lui a inspiré, en 1823, un premier cycle de mélodies, Die schöne Müllerin puis, quatre années plus tard, Winterreise. Le compositeur a été séduit par les thèmes développés par l'écrivain et la très grande musicalité de son œuvre poétique.

En 1815, Wilhelm Müller rédigea ceci : « Quand j'écris la poésie, je pense tant au chant qu'à son interprétation. S'il m'est permis d'écrire des mélodies, il me réjouirait davantage d'en entendre leur chant. Je garde espoir de trouver un jour un esprit semblable au mien, une âme en harmonie avec la mienne, qui entendra la musique de mes mots et saura me la faire entendre. » L'âme fût trouvée presqu'une décennie plus tard et elle appartenait à Franz Schubert. Lorsque le compositeur acheva, en 1827, l’œuvre inspirée des poèmes réunis par le Winterreise, il écrivit ceci à un de ses amis : « Je vous chanterai un cycle de mélodies des plus inspirées. Elles m'habitent plus que toutes autres auparavant et je les préfèrent d'entre toutes. »

Aux douzes premiers lieders composés en février 1827, Schubert découvrit, six mois plus tard, une seconde série de poèmes qu'il mit en musique en vue de compléter un cycle de vingt-quatre mélodies, Winterreise, en octobre 1827. Métaphore de l'existence humaine, le voyage d'hiver est plus qu'un cliché de l'époque romantique. Du voyageur esseulé au prise avec les éléments climatiques de l'hiver, miroir de son état d'âme et de sa recherche intérieure, les talents réunis de Müller et de Schubert ont transformé l'image du voyageur en une figure unique et universelle. En guise de décor à cette journée de voyage, une terre prisonnière de l'hiver est décrite : inhospitalière, désolante, morne et glaciale. Partout, la nature est morte, recouverte de son linceul de neige. L'itinéraire du voyageur se bâtit comme un long monologue qui se termine par la rencontre du musicien poète. Ce joueur de vielle lui rappelle, au dernier poème du cycle, que quoique qu'il fasse, le voyageur est condamné à poursuivre son chemin.

Chaque mélodie du Winterreise est un arrêt sur le désespoir et une trace de poursuite hors du cercle éternel de la vie. Ce climat trouve sa représentation dans la ligne vocale, le chant, qui se partage entre son austérité et sa beauté dans une constante impression de profondeur. De plus, le rythme de la marche trouve son écho dans l'accompagnement qui, chez Schubert, est une solide construction totalement complice de la voix.

 

Copyright www.serenades-buxoises.com © 2006 - 2008